À perte de vue

Silvia Camporesi |

Échange entre Rad'art (Italie) et LA CHAMBRE BLANCHE

Silvia Camporesi revisite et actualise des bribes d’histoires puisées dans la mythologie, la littérature, la philosophie, la religion et la science. Elle s’intéresse aux croyances et au quotidien, de même qu’aux objets et environnements qui animent ces notions. À travers l’utilisation de références croisées et la coexistence de situations aux contours perméables, ses œuvres font jaillir de nouvelles réalités qui appellent à la contemplation et à la rêverie. Pendant sa résidence à LA CHAMBRE BLANCHE, Silvia Camporesi travaillera sur le paysage en périphérie de la ville. Par le biais d’une vidéo et d’un corpus photographique, elle créera son œuvre à partir des composantes physiques de la topographie, des plans d’eau, de la végétation et des éléments transitoires comme la lumière et les conditions météorologiques. Ainsi, elle souhaite construire une histoire se situant entre réalité et fiction sur la beauté du paysage et son caractère infini.



Bio

Silvia Camporesi vit et travaille à Forlì, en Italie. Elle a étudié en philosophie à l’Université de Bologne. Son parcours compte plus d’une dizaine d’expositions solos, principalement en Italie. Les nombreuses expositions collectives auxquelles elle a participé l’ont amenée à présenter son travail dans plusieurs pays dont la Bulgarie, la Hongrie, la République Tchèque, la Syrie, la Bosnie-Herzégovine, les États-Unis, l’Allemagne, la France, la Grèce et le Danemark. On retrouve ses œuvres dans six collections en Italie.

Démarche

Silvia Camporesi se décrit comme une conteuse. Ses images sont des extraits d’histoires puisées dans les mythes, la littérature, la philosophie, la religion et la science. L’artiste aborde les croyances et le quotidien de manière presque cathartique afin de faire apparaître une réalité non attendue, différente de sa forme habituelle. Ses photographies nous transportent dans un labyrinthe de sensations et de révélations où l’apparence banale de ce qui nous entoure présente de nouveaux sens, de nouvelles justifications. Elle nous invite à réfléchir, à regarder au-delà de la réalité. Son travail entretient un dialogue constant avec le monde. Silvia Camporesi étudie des héroïnes prisonnières de situations paradoxales qu’elle sort de leur iconographie habituelle. En effet, Bérénice n’est plus la reine d’Égypte malheureuse, la femme qui louange en odes Callimaque ou l’héroïne de l’amour du général romain Titus : elle est une créature diaphane et irréelle dans une histoire d’horreur d’Edgar Allan Poe. De la même manière, Ophélie, malade d’amour et partagée entre Shakespeare et Millais pour se doter d’une incarnation physique éternelle, devient un prétexte pour l’artiste afin de vaincre son infantile crainte de l’eau. Il y a aussi une Ariane moderne, ridiculisée et abandonnée par la version actuelle de Thésée, dont l’intemporelle présence est juxtaposée aux tristes événements qui ont pavé la vie de Virginia Woolf, tracée dans le sillon des Mrs. Dollaway d’aujourd’hui. Plusieurs personnages embrassent ce qui pourrait être défini comme une poésie du quotidien qui, selon certains aspects, accepte sa nature épique et dans laquelle la désorientation des protagonistes se trame à l’intérieur d’un paysage métaphysique, dans un espace non défini. Ses personnages, incarnant en quelque sorte un point de vue autobiographique subjectif, sont toujours à la recherche d’une vérité qui deviendrait révélation, et ce, par un voyage de purification absolue baignant dans la magie, la cabale et l’alchimie (dont les traces sont évidentes dans la série Mondeken toe et dans Sale delpensiero). Le thème du double fantastique ou psychologique comme entités autonomes, tels les sosies et les alter ego, est aussi abordé dans Doppelganger cycle et dans les jumeaux de l’œuvre Les idiots savants. On y retrouve des références évidentes à la littérature allemande et française, notamment à Théophile Gautier, Peter Schlemihl, Guy de Maupassant et Hoffmann, mais aussi à des œuvres classiques telles que Faust et Dorian Gray. Dans Un ange qui passe, Dostoevsky inspire le thème de la mort, déjà analysé dans Ophélie, présenté comme un passage, un triomphe sur sa condition. Le rêve, le sommeil et la mort coexistent parfois dans un entrelacs de passages continus, de références croisées et de situations sans frontières tangibles. Des éléments fondamentaux de l’histoire sont aussi portés par les objets, lesquels deviennent les symboles d’un ancrage dans des vérités préétablies qui appartient à notre inconscient, notre bagage. Les objets racontent, représentent une dimension intime et personnelle, ils sont une part de notre EGO, tel que montré dans la série The rescue squad et Indizi terrestri, mais aussi dans des travaux plus récents où des rosaires émergent en agglomération de matière, perdant ainsi toute connotation religieuse. Le rêve et de la contemplation sont aussi des traits distinctifs du travail de Silvia Camporesi, comme pour confirmer le « Certum est, quia impossibile est » de Tertullien. Certaines de ses images sur le thème du costume sont affectueusement associées au grotesque : le prétexte, la parodie et la subtilité de l’ironie se manifestent, côtoyant les univers de Luigi Ontarii, Cindy Sherman et Rineke Dijstra, comme si c’était pour démontrer une incompatibilité absolue entre l’identité extérieure et intérieure. L’archétype aborigène fournit des situations, des personnages et des représentations qui parlent de rêves et d’expériences, conscients ou inconscients, et témoigne d’histoires originelles revisitées dans de nouvelles histoires, de nouvelles fables modernes.




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